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PEYOTL, LA CHAIR DES DIEUX

par Hélène Cavaillé

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« Allons chasser le cerf. »

Ces mots ne nous surprirent pas. Le cerf étant son frère, nous devinions qu’il s’agissait de « cueillir le peyotl ».

Les bois des cerfs morts sont des berceaux peyotiques. Il est dit que le premier cactus découvert portait en son cœur l’essence du plus âgé des frères, le « Wawatsàri ». Selon les Huichols les empreintes de l’animal auraient la forme du cactus. La marche du cerf ? Un million d’autoportraits dans le sable du désert !

Tout en nous dirigeant vers le Wirikuta nous pensions au petit être vert enraciné aux sources de la vie. On le dit « Lophophora Williamsii », « hìkuri », « kamaba », « Echinocactus Williamsii », « mescal-button», « dry-whisky », mais aussi « sage », « cœur de mescaline », « poison sacré », « chair des Dieux », « porte de la perception ». Des mots qui s’engouffraient dans ma tête comme un rêve. En 1953 Aldous Huxley prit de la mescaline pour la première fois : The doors of perception. Ce titre, référence au fameux vers de William Blake, reste le symbole d’une époque.

« If the doors of perception were cleansed everything would appear to man as it is, infinite.”

Mes pas formaient comme des mots dans le sable. « If the Doors…”Jim Morrison marchait devant moi.  « We want the world… », mes chaussures dans la terre, « We want the world… », hors piste, « and we want it… », soleil brûlant, « and we want it… », lèvres sèches, « now », impassible, « now ?», une envie,  “NOW !! », cri déchirant le désert de toute sa clarté.

Des mots…

Partout des mots…

Au bord de la pensée.

Des mots.

Donne-t-il vraiment accès à l’Infini ?

« The road of excess leads to the palace of wisdom.”

William Blake.

Où est cette sagesse? Quelle est cette route que je prends? Une porte s’ouvre devant moi comme un mirage dans un mur de sable.

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« The man who comes back through the Door in the Wall will never be quite the same as the man who went out.”

Aldous Huxley.

La sagesse, au bout du chemin ? Un instant fulgurant, la clairvoyance extrême. La plénitude du vide.

Le peyotl… Une légende. « Hallucinogène », « psychédélique », ou « enthéogène » ? « Fantaisie », « révélation de l’esprit », ou « éclosion du divin » ? « Regarder », « contempler », ou « voir » ?

Les Huichols le disent source d’ivresse. L’ivresse ? La vie portée à son apothéose ! L’apothéose ? La descente des Dieux ! L’abolition du temps et de l’espace ! L’infini des sensations !

Les rayons du Soleil sont des racines de Peyotl fouillant le Monde aux sources de la Vie. Alors les battements du cœur dans l’oreille deviennent comme une cadence lumineuse et le crépuscule prend le goût amer de la mort.

« We want the world and we want it NOW ! »

« Le Wirikuta. »

Ça faisait un moment que nous marchions sans chemin. Hors piste, nous longions un champ d’épines. Ignacio s’est enfin retourné : « C’est ici. »

Ici ? Devant nous ; des buissons aux feuilles pointues, des arbustes épineux,  des cactus à perte de vue… Il y en avait de toutes les formes, de toutes les tailles, de tous les âges, de tous les verts… des ronds, des longs, des petits, des grands, des vieux, des jeunes, des brunis, des jaunis… et puis aussi des ratatinés tristes, des gais ventripotents, des sveltes élégants, des déséquilibrés hystériques… On dut se glisser entre leurs épines délicates comme entre les robes de dames à la toilette fragile.

Traverser le désert… Je n’avais jamais imaginé ça comme ça ! L’ayant cru désertique, je le trouvai plein d’épines ! J’avais rêvé de sable à l’infini, d’un monde à deux dimensions, d’un horizon tiré entre les plats du ciel et de la terre, de plaines jaunes aussi vides que des prés sans troupeau, d’un labyrinthe sans entrée, sans sortie, sans couroi, sans autre passage que celui du temps. J’avais confondu le désert de Borges avec celui des Huichols.

On a beau ne rien attendre on a toujours des images plein la tête.

Et les peyotls où étaient-ils ?

Agrippant nos vêtements, les buissons cherchaient à nous retenir, ça piquait les jambes, ça griffait les bras, ça perçait le tissu. Il fallait s’arrêter, contourner, enjamber, repousser… Amel me tenait la branche épineuse d’un arbuste, je le remerciais. Puis je lui montrais un passage sans aiguille, il m’y secondait. Ignacio quant à lui filait sans encombre, il se faufilait entre ces mains arides comme entre celles d’invisibles fantômes.

Il allait vite, on avait beaucoup de mal à le suivre. Au bout d’une demi-heure il nous dit d’ouvrir l’œil. Ouvrir l’œil ? Je ne savais déjà plus d’où l’on venait ! Les buissons avaient beau être différents, ils étaient tous identiques dans leur différence ! Autant dire que pour moi marcher revenait à faire du surplace : de près ou de loin tout se ressemblait.

« Par ici il doit y avoir des hikuris. »

On dut accélérer le pas. Les plantes s’accrochaient à nous et je sentais des ampoules éclore sous mes talons. Le soleil commençait à être vraiment haut. Amel avait mis son écharpe sur la tête. Entre les pans du tissu son regard était fiévreux. Depuis notre entrée dans le désert nous n’avions plus dit un mot. Nous écoutions le silence de nos pas, les insectes bourdonnant, la terre exhalant une odeur âpre de sécheresse.

« Par ici. » Combien de temps comme ça, à s’égratigner le corps, à plisser les yeux, à se frayer un passage entre aiguilles et épines ? Plus d’une heure sans doute… D’ailleurs nos jambes commençaient à connaître la musique. Elles dansaient entre les arbustes avec chaque fois plus de facilité. A moins que ce ne soit la flore qui ait perdu un peu de sa densité ?

Il commençait à y avoir un peu de relief. Une pente douce suivie d’une petite montée de sable. « Hikuri se cache, mais le chasseur est patient. » Comment distinguer un minuscule cactus parmi sa foule de congénères ? « Hikuri est doux, il n’a pas d’aiguille. » Nous le savions, quelle mince consolation !

« Ici ! Ici le Cerf ! »

Ignacio s’était immobilisé à côté d’un immense cactus Opuntia. Du peyotl, ça ? Il se pencha et débarrassa le pied de la plante de quelques pierres. Amel s’approcha. « Oh ! viens voir il est trop mignon ! » Une fois le sable épousseté une petite tête ronde et verte à cinq bosses fit son apparition.

« Le premier est pour la femme du couple, et normalement son compagnon n’est pas loin. » Je lui demandai comment il l’avait trouvé. Ma question sembla l’étonner. « Comment ça ? » « Bah comment tu l’as trouvé, il est si petit et y a tellement de cactus par ici… » Alors son visage s’illumina. « C’est facile ! J’ai vu le sang du cerf mort ! » Je traduisis cette réponse à Amel qui, comme moi, ne sembla pas la comprendre. « Du sang ? Quel sang ? » Alors Ignacio nous indiqua, sur le sol, parmi les cailloux et les grains de sable, un point pourpre pas plus gros qu’une mouche. « Du sang ! Vous voyez ? C’est signe qu’un cerf est mort par-ici ! » J’inspectai la tache microscopique. « Tu crois que c’est vraiment du sang de cerf ? » Amel haussa les épaules. Je ris « Si c’est ça qu’on doit chercher, on est mal barrés pour en trouver d’autres ! »

Ignacio nous dit de déposer nos sacs près du peyotl et de chercher ses compagnons près des arbustes les plus proches. « Ils ne devraient pas être loin, vous allez voir ! » C’est ainsi que, laissant derrière nous nos quelques possessions, on se sépara dans le désert à la recherche de gouttes de sang séché.

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